Flashback 2/3

Fin de l’article paru dans 200 – le vélo de route autrement, je l’espère, une invitation au voyage qui résonnera en vous !

Le goût du silence
Six mois après mon retour, j’ai le recul suffisant pour répondre à ma marraine. Il y a beaucoup de choses que je fais ou ne fais pas, que je fais plus ou que je fais différemment depuis mon retour. Mon regard a profondément évolué, j’ai appris la tolérance et l’accueil. J’ai appris à faire équipe coûte que coûte lorsque pendant un mois j’ai partagé mon voyage avec mon colocataire. J’ai appris à écouter le silence et à aimer la solitude. Deux comportements devenus absurdes et déviants à notre époque. Je me suis rendu compte que les soucis du quotidien sont bien peu de choses. Par dessus tout j’ai trouvé une vérité dans une vie où j’avais deux sacoches pour maison, une vie qui ne laisse pas de place au superflu et où chaque chose est réellement utile. Le dépouillement est un bonheur simple que je tente d’appliquer dans un quotidien sédentaire. En somme, je me suis recentré sur ce qui compte vraiment.
Revenir à une vie parasitée par l’inutile et le paraître après deux mois durant lesquels mes seules préoccupations ont été manger, avancer, dormir et m’émerveiller n’est pas chose aisée. Mais la réadaptation fut immédiate. De nombreux voyageurs affirment qu’il faut autant de temps pour se remettre d’un long voyage que la durée de ce même voyage. Le vélo de par sa nature, et encore plus en voyage, nous apprend à vivre le présent. Je ne voulais pas m’enfermer dans le souvenir d’un voyage achevé. Il me semble important de faire de nombreux projets.
Repartir vite
J’ai voulu prouver que chacun pouvait le faire, que le voyage à vélo n’avait rien à voir avec la souffrance des kilomètres et qu’il existait une inconditionnelle magie dans le nomadisme. J’ai écrit avec enthousiasme, monté une expo de photos et donné ce que certains appellent une conférence. Je suis allé chez mes amis avec 280 photos et de beaux souvenirs en poche. Je suis devenu militant d’un mode de voyage alternatif, respectueux de la planète et gratifiant. J’ai fait ma part du Colibri sans pouvoir mesurer son impact.
Les souvenirs ont cette magnifique capacité de ne retenir que le meilleur, les galères ne sont plus que de belles occasions de rigoler. Je ne tire que du positif de ce voyage. J’adhère avec conviction à cette citation de Mark Twain qui dit “dans vingt ans, vous serez plus déçu par les choses que vous n’avez pas faites que par celles que vous avez accomplies. Alors sortez des sentiers battus. Mettez les voiles. Explorez. Rêvez. Découvrez.” Alors je suis reparti sur les routes de Grande et de petite Bretagne et je repars cet été. Le seul danger du voyage à vélo est l’addiction qu’il crée. Et puis je me suis mis à rêver d’une société inspirée par la communauté vélo. D’une société où chacun prendrait le temps de parler à son prochain, où l’entraide primerait sur la méfiance. Une société de low-tech plutôt que de profit. Le cyclonomadisme laisse le temps, et surtout le temps de rêver. C’est tout son charme.
Enfin, j’ai voulu rendre au monde toute la générosité dont il avait fait part à mon égard. Mais cela, je peine à le réaliser.”

Flashback 1/3

Il y a un an, jour pour jour, j’arrivais à Ushuaïa au terme d’un voyage de 2 mois et près de 3000 kilomètres de cyclonomadisme. Une telle aventure ne peut laisser indifférent et c’est avec bonheur que j’évoque, dans un article paru dans le génial magazine 200 – le vélo de route autrement, les sentiments qui se sont bousculés dans ma tête, pendant et après cette escapade !

“Quelques semaines après mon retour, ma marraine me demande ce que représente pour moi ce voyage, ce que j’en retiens et ce qu’il a changé dans mon quotidien. Blocage, impossibilité de répondre.
Je marmonne après un silence devenu trop long des explications de circonstance. Vous découvrirez à votre retour le besoin qu’ont les gens de donner des explications rationnelles aux choses qui ne le sont pas. Au fond, je le sais, ce voyage m’a profondément changé, a marqué ma façon de voir les choses. Le voyage solitaire transforme peut-être plus le “je” intérieur que l’être social. Mais il est trop tôt pour répondre. Tel un repas trop vite englouti, cette aventure pèse lourd sur ma personne intérieure.
Redevenir ce que l’on est
Ma première réaction fut le rejet complet. L’envie que personne ne me parle de ces deux mois, de redevenir le plus vite possible l’anonyme que j’étais et de ne pas porter l’étiquette “voyageur à vélo”. Bien sûr, ce voeu est vain. Sur cette aventure place la dette que l’on a envers ses proches, il faut justifier une telle entreprise. Alors que le retour fait de moi la star très éphémère de mon entourage, j’ai appris l’humilité. Comment pouvait-il en être autrement ? Le vélo, c’est l’humilité même. Jamais il n’avancera seul, il faudra gagner chaque kilomètre, nu. La nature toujours plus forte ne fait que tolérer votre passage.
Après avoir été simplement cycliste pendant des mois, voici que je redeviens ce que chacun attend de moi, cet étudiant d’une famille aisée, un peu réactionnaire. Je constate avec regret la renaissance des barrières sociales. Les rencontres de la route sont aussi puissantes car elles ont lieu entre égaux, entre cyclo-voyageurs et non entre un père de famille au chômage et une docteur en neurosciences. Les nationalités, l’âge, les situations professionnelles ou les opinions n’ont aucune importance. Je suis revenu de ce voyage avec la satisfaction d’avoir rencontré de vrais amis. Des liens forts se créent en très peu de temps puisque les moments que nous partageons sont d’une rare intensité.
Les petites choses
Je ne tire aucune gloire d’être arrivé à Ushuaïa. Ce n’était qu’un prétexte pour vivre une vie au grand air. La destination n’a aucune importance, seul le chemin compte et vous serez le seul à construire votre voyage et à provoquer sa beauté. Le retour est heureux, je profite de chaque chose comme si je venais de renaître. La douche chaude est un luxe que vous aviez oublié, l’alimentation variée vous ravit et votre lit n’a jamais été aussi confortable. La jouissance du retour réside dans l’appréciation des petites choses qu’un quotidien sédentaire banalise. Je me suis souvent retrouvé dans l’impossibilité de raconter face à cette question qu’on m’a tant posée : “Raconte-moi ton voyage !”
J’essayais alors de convaincre mon interlocuteur qu’il est impossible de répondre à une telle question, et voilà que l’on me reprochait à chaque fois mon manque d’enthousiasme face à la chance que j’avais eue. Je ne considère pas avoir eu de la chance, la chance est une chose que chacun doit provoquer. Je me suis donné l’opportunité de réaliser ce rêve, oui.
La magie du voyage réside dans la part de mystère qui l’entoure. Mes proches veulent connaître le plus bel endroit que j’ai vu, ma pire galère ou encore ma plus belle rencontre. Il est difficile de détacher ces éléments. Le voyage est un tout qu’enrobe une ambiance propre et que seuls ceux qui l’ont partagé saisissent. Je comprends de moins en moins cette volonté de l’unique, du meilleur et du sensationnel. Le voyage m’a appris que la beauté résidait dans l’instant plus que dans tout autre chose.”
Suite de l’article demain !

Chronique d’un végétarien nomade

Durant ce périple à travers l’Europe, j’ai décidé d’emporter une part importante de ma personnalité : le végétarisme.

Je suis parti plein d’appréhension quant à la possibilité pour moi de suivre ce régime alimentaire. Allais-je devoir lui faire des entraves ? Mon corps allait-il suivre ? Comment allions-nous faire pour allier le quotidien de 2 carnistes et d’un végétarien ?

Je m’étais préparé psychologiquement à faire des écarts, à manger de la viande que des hôtes m’auraient proposé, ou tout simplement à me sentir obligé de consommer de la viande pour être davantage en forme. Mais force est de constater que je n’ai eu aucune concession à faire et que cela ne m’a nullement gêné.
Les alternatives ont été très faciles à trouver surtout dans des pays comme l’Allemagne, l’Autriche ou la Slovénie qui sont de réels Eldorados pour les végétariens (Simili-carnés qui permettent de retrouver un aspect proche de la viande ce qui rend leur consommation plus facile comme des Soy-cisse ou de la Mortadelle végétarienne).
Même la vie avec mes 2 coly-copains fut très agréable. Ces derniers étant sensibles aux causes qui motivent mon régime alimentaire (que je résume d’habitude en 3 mots : éthique, physique et écologique), la cohabitation de nos régimes fut des plus simples.
Ainsi, au bout de quelques semaines, après avoir été accueillis à la table d’inconnus et ayant traversé des cols interminables, j’ai pu conclure que le végétarisme était très bien accepté à travers l’Europe et qu’il permettait de suivre sans soucis un quotidien de cyclotouriste.

Le message le plus important que je tire de cet aspect du voyage est l’altruisme. Le végétarisme et ses dérivés (végétalisme, veganisme) redéfinissent l’altruisme. Il n’est plus seulement tourné vers les personnes qui nous croisent ou qui nous accueillent. Il y a aussi un altruisme à une faune et une flore qui m’entourent. Cette habitude de vie réduisant notamment mes émissions de gazs à effets de serre, cela me permet de me sentir plus en phase avec un respect de notre « mère » nature, plus proche des paysages qui m’entourent. Et ce sont là des conditions profondément liées au cyclotourisme. Savoir que je traverse ces paysages sans y laisser une trace décuple la sensation de liberté.