Berlin-Lille – Août 2016

Vidéo :

Colybride ist ein Berliner :

Me voilà à Berlin… avec mon fidèle vélo bien sûr !
Pendant qu’Enguerrand se rapproche de Lisbonne, je découvre cette magnifique ville et essaye de me familiariser avec l’allemand, car d’ici quelques jours je m’élancerai en solitaire vers Lille ! Je prendrai la direction de Hambourg, Brême, puis Amsterdam (enfin c’est le plan A, on verra ce que la route me réserve…).
Je vous donne des nouvelles dès que mon vagabondage me rapproche d’un Wi-Fi !
Tschüss

Partie 1 :

Partir à vélo est toujours un arrachement.
On laisse derrière soi – et de son plein gré – son quotidien rassurant, son confort, ses amis. Mais l’envie d’aventure et la soif de nouvelles expériences sont un moteur suffisamment puissant pour s’élancer vers l’inconnu.
Mais cette fois ci, l’arrachement a plus tenu de la déchirure.
Durant ma semaine passée à Berlin, j’ai découvert l’incroyable diversité de cette ville. Je suis tombé amoureux de ce style de vie à la fois dynamique et décontracté des Berlinois, je me suis trouvé captivé par la richesse culturelle et l’omniprésence de l’Histoire. Pour couronner ce coup de cœur, j’ai été dorloté par ma famille, j’ai pu me laisser porter par mes différents guides au fil des sorties et explorer cette énergie incroyable des quartiers plus populaires de la capitale (encore merci Lucile !).
Lorsque enfin l’heure du grand départ sonne, j’ai soudain l’impression de me retrouver au bord d’une falaise vertigineuse, et de devoir sauter alors que personne d’autre que moi même ne m’y force ! Je retiens les larmes qui montent et m’accroche à cette formidable poussée d’adrénaline qui me surprend pendant que je traverse seul, sur mon vélo chargé de mes sacoches, les grandes avenues rectilignes du centre, puis la banlieue qui s’étend si loin que j’ai l’impression qu’elle essaye de me retenir.
Heureusement, dès le deuxième jour, je rencontre Chris, un cycliste Berlinois qui se rend comme moi à Hambourg, pour participer au plus grand rassemblement de vélos à pignons fixes d’Allemagne. Sacrée coïncidence ! La bonne étoile qui veille sur les voyageurs est revenue ! Et me voilà à papoter avec mon nouveau compagnon de route, toutes mes peines sont déjà loin.
En deux jours et 240km, ni la pluie ni le vent ne nous lâchent. Mais qu’importe, nous sommes deux, nous nous sentons invincibles. Le soir nous nous prenons même à savourer une bière alors que la nuit tombe, imaginant hilares comment il nous faudra monter notre camp sur les bords de l’Elbe à la lumière de nos frontales, sous la pluie, puis cuisiner et manger dans le froid une heure plus tard.
C’est avec cet habituel pincement au coeur que je quitte Chris et cette ambiance chaleureuse de passionnés (de vélos et de bières bien sûr) qui régnait au sein de ce rassemblement de “fixed gear”.
Je découvre la riche ville d’Hambourg, magnifiquement aménagée et entretenue. Je prends plaisir à y rouler, à y marcher, à la contempler. Mais déjà je repars vers Brême. Je roule jusqu’à la nuit, profitant jusqu’au dernier moment d’un formidable coucher de soleil, qui rien que pour mes yeux de vagabond ébahi, m’offre le spectacle de ses plus belles nuances.
Je quitte l’Allemagne avec un sentiment mitigé, avec d’un côté de formidables moments passés en la compagnie de Chris notamment, et en même temps une certaine solitude qui ne me quitte jamais complètement, sentiment exagéré par la barrière de la langue.
J’entre au Pays Bas, pays du vélo, plein d’attentes et d’excitation.

Partie 2 :

J’ai à peine le temps de regarder ma carte pour chercher mon chemin que déjà, un piéton s’approche de moi pour me proposer son aide. Pas de doute, je suis bien aux Pays Bas ! Ici, on peut se laisser aller le long des charmantes pistes cyclables qui sillonnent le pays. La présence rassurante des fléchages réguliers et la capacité des gens à me guider – et ce où que je sois – m’aident à lâcher prise, à pédaler l’esprit tranquille, à profiter du moindre détail de mon environnement. C’est ainsi qu’après quelques heures, ce constat me frappe : ici, tout est beau ! Pourtant c’est aussi plat que l’Allemagne, mais tout semble magnifique. J’ai l’impression qu’un paysagiste s’est amusé à modeler minutieusement ces gigantesques plaines : ces petits canaux qui longent les routes, entourent des maisons fleuries, serpentent entre les champs… le ciel est si parfaitement bleu, les nuages parfaitement blancs, les champs parfaitement verts !
Je profite du parc naturel de Lauwersmeer pour m’offrir ma première baignade sauvage du voyage ! Ça fait du bien ! Le soir même je récidive pour un bain de minuit dans le lac à côté duquel j’ai planté ma tente.
Depuis que j’ai quitté l’Allemagne, je longe la côte, et j’ai décidé de m’y tenir jusqu’à Amsterdam. Je pédale donc le long d’une digue d’environ 5 mètres de haut, sur laquelle des centaines de moutons paissent tranquillement. De temps en temps, je monte sur la digue pour observer la mer de l’autre côté, lire quelques pages, manger quelques biscuits.
Déjà je dois emprunter la digue de 30km qui sépare la mer du Nord et l’IJsselmeer. Durant plus d’une heure, je roule sur une bande de terre de 30m de large, au milieu de la mer ! Sacrée sensation !
La dernière journée, je continue ma route le long de la côte, traversant de petits villages, tous plus charmants les uns que les autres. J’aimerais m’arrêter dans chacun d’eux, parcourir leurs petites rues pavées, prendre une glace sur chaque terrasse. Mais Amsterdam m’appelle. Je suis trop près de cette ville dont je ne connais pour l’instant que le nom pour m’arrêter ! 30km. 25. 20… Je me rapproche, je trépigne. Ça y est, j’y suis ! Et….. déception ! Je n’avais rien imaginé, et pourtant après 1 journée et deux nuits passées dans la capitale, je ne peux cacher ma déception. J’ai trouvé une ville bien trop touristique, grouillante, consommatrice (de cafés évidemment), à tel point que j’ai trouvé les gens fermés sur eux même. Bref s’il y a bien une ville dont je n’ai pas su éprouver le charme, c’est Amsterdam ! Quel comble ! Je repars sans me retourner en imaginant déjà à quoi ressembleront les fameuses îles du Sud des Pays Bas !

Partie 3 :

Après la déception d’Amsterdam, la surpise de Rotterdam !
J’atteins la deuxième plus grande ville des Pays Bas dans la soirée. A ma grande surprise, je découvre son allure de mégapole américaine : de gigantesques tours, des ponts impressionnants, de larges avenues. Et dire que je ne suis qu’à 250km de Lille ! Disposant de très peu de temps pour visiter la ville puis en sortir avant la tombée de la nuit, je décide de jouer un coup de poker : je vais à la rencontre de la rencontre ! Après m’être renseigné auprès d’un passant, je me rends dans l’un des bars les plus en vogue de Rotterdam. Sur la terrasse j’aperçois deux cyclistes. Ni une ni deux, j’engage la conversation. 10 minutes plus tard, nous échangeons des anecdotes comme de vieux copains, une bière à la main. L’un d’eux me propose de dormir chez lui !! Pari réussi !! Le sentiment de liberté et de joie qui s’empare de moi est si fort que j’ai du mal à ne pas rire ! Mon hôte Lars ne le sait pas, mais à ce moment il m’offre un des plus beaux souvenirs de mon voyage.

Voilà 11 jours que je roule tranquillement une centaine de kilomètres quotidiennement, sans éprouver de fatigue particulière puisque qu’ici c’est bien simple, tout est plat ! Mon petit plateau n’a pas été utilisé une seule fois… Jusqu’ici en tout cas, puisque c’est sans compter le plus vieil ennemi du cycliste… le vent !
Ce matin, les champs ondulent, se couchent, les arbres se balancent sur mon passage. Minute après minute, le vent durcit, me travaille au corps, ne me laisse aucun répit. Au début je prends la chose avec philosophie, j’arrive à en rire. Mais quand je découvre toutes les manches à air disloquées qui bordent la route, mon sourire s’efface, et laisse peu à peu apparaitre une grimace de crispation. Je m’accroche, je tire sur mon guidon. Le sable me fouette tellement fort que je dois remettre un pull pour me protéger. Les cyclistes qui me croisent à toute allure sans même toucher leurs pédales déclenchent en moi une colère sourde, qui se mélange à la fatigue. Je roule à 11km/h, arc-bouté sur mon vélo, à peine plus vite que dans l’ascension d’un col ! A la fin de la journée, à bout de force, je m’écroule dans une dune. Dans mon nouvel abri, le vacarme assourdissant du vent se fait lointain, je reprend mes esprits, et découvre petit à petit que j’ai échoué dans le meilleur spot de bivouac de mon voyage : au milieu de la plage, caché du vent et des regards, je profite d’un splendide coucher de soleil sur la mer.
Le lendemain, à peine mon camp replié, je tombe sur une joggeuse qui m’avait aperçu la veille, et qui m’apporte des croissants et un jus de fruit : “Breakfast !” me lance t-elle avec un grand sourire. Je suis si remonté, que je me lance le défi de finir mon voyage en une seule journée.
Après 170km et 9 heures sur la selle, j’arrive à Lille dans un mélange de nostalgie, de fatigue, et de fierté. Je ne réalise toujours pas que 13 jours plus tôt je m’élançais seul dans les rues de Berlin, et que je suis revenu chez moi, sur mon vélo !