Lille-Lisbonne – Eté 2016

Teaser :

Nord de la France :

Je partais plein de certitude, une fois de plus la vie m’a bien rattrapé.

Partir seul est un tout autre monde, les difficultés, les rires, les grandes discussions entre copains ou les nuits collés dans une tente trop étroite, la solitude redéfinit les anciennes habitudes.
Je ne cacherai pas que les premiers jours furent très éprouvants, j’ai songé plusieurs fois à tout arrêter tant la solitude me pesait, mais comme à chaque fois, le voyage à vélo vous réserve des surprises qui surpassent vos peurs et votre solitude.

Je crois que cette première semaine n’aurait rien été sans les rencontres.
Entre Rémy qui m’a accompagné jusque Douai et avec qui j’ai été ravi de partager ce départ, Alban qui m’a accueilli à Méaulte et que j’ai recroisé à Rouen puis Caen et qui me partageait toujours sa bonne humeur en compagnie de sa famille, Alain et Nathalie qui m’ont accueilli un soir où j’étais seul à Grandvilliers avec leurs deux petites filles et finalement la tribu Langlo qui m’a pris sous son aile durant leur retour d’un tour du monde à vélo, cette première semaine a été bouleversée par les imprévus.

Malgré des adieux qui ne sont que temporaires, car je sais qu’un jour ou l’autre nos destins se recroiseront, c’est le cœur léger et la tête tournée vers Lisbonne que je m’en vais. Ma sœur m’a rejoint aujourd’hui et je compte bien partager quelques jours d’intense bonheur en sa compagnie, comme je l’ai fait avec tout ces inconnus qui en si peu de temps m’ont accordé une confiance pleine et entière.

La beauté du voyage se trouve dans cette spontanéité et cette générosité. Comme des comètes, toutes ces personnes sont entrées brutalement dans ma vie, de façon à la fois totalement inattendue et parfaitement naturelle.

Chers tous, pour vos partages, vos soutiens, vos accueils et vos encouragements je vous remercie. Votre présence derrière moi me pousse chaque instant à continuer et à comprendre ô combien la chance que j’ai est immense.

Enfin, j’aimerais remercier mes deux acolytes de Colybride. Martin et César, merci. Dieu sait que nous avons partagé des expériences incroyables mais sachez qu’encore plus ces derniers jours, sans vous je ne serai pas en train d’avancer vers Lisbonne. Cette amitié est solide et possède un bel avenir. Merci à vous deux d’avoir été des épaules sur lesquelles me reposer quand je ne savais que faire.

Côte Atlantique :

C’est de la magnifique de San Sebastian que je vous écris.

Après avoir dû arrêter mon voyage pour des raisons personnelles, j’ai repris la route et de la plus belle des manières.

Arrivant à Bordeaux j’ai une fois de plus retrouvé Alban. Cependant, il n’était pas seul : espagnols, australiens, français, allemands… Les rencontres m’ont autant fait voyager que les kilomètres parcourus.

J’ai eu l’occasion pendant cette semaine de parcourir la Vélodyssée. Fameux itinéraire cyclable faisant partie de l’Eurovélo 1. Avec notre convoi international, nous avons évolué au fil des Landes ! La beauté et la variété des paysages furent pour moi époustouflantes. C’était la première fois que je me rendais dans le sud-ouest de la France mais le charme qu’exerce cette région fait que j’y reviendrai bien assez vite.

Les Landes et ses longues forêts de pinèdes sont magnifiques. L’odeur qui vous berce à chaque kilomètre, les rayons du soleil qui percent au travers des branches d’épines, les dunes majestueuses et surplombants la côte nous permettaient d’imaginer au loin, les côtes d’Amérique qui d’un œil charmeur nous appelaient pour un jour nous y rendre accompagnés de nos fidèles bicyclettes. Serpentant entre les terres et la côte, j’ai pu jouir de chaque instant tant chaque détour me permettait d’admirer la beauté de cette région où l’homme a lentement su s’adapter.

Outre la beauté de ce paysage, c’est aussi notre convoi qui a rendu cette étape magnifique. Les 600 kilomètres que j’ai parcourus en compagnie de Fabian, Paolo et Alban n’auraient pas pu être plus agréables. Au gré des bivouacs dans la forêt landaise, des pauses le long de l’océan ou de nos longues rigolades sur des sujets diverses, mon humeur et ma joie de parcourir l’Europe n’en étaient que sublimées. Nous avons passé ensemble des délicieuses soirées agrémentées des fameuses pâtes que je finis par maîtriser parfaitement.

Je suis maintenant à San Sebastian, sur la côte basque d’Espagne. Après une dernière journée éprouvante avec plus de 150km au compteur, c’est avec joie que je profite d’une journée de repos dans cette superbe ville qui me séduit sous le magnifique soleil de Juillet.

La mer est bien sûr au rendez-vous mais, c’est surtout la gentillesse des espagnols qui m’a encore une fois laissé bouche bée. Comme durant notre périple l’été dernier. Arrivant éreintés à San Sebastian, c’est avec surprise que nous avons pu profiter d’un appartement vide mis à notre disposition. Lit, toilette et douche sont un luxe dont je prend plaisir à chaque instant. C’est donc l’esprit léger et le corps reposés que je profite de cette ville et des conforts dont la vie moderne et sédentaire disposent.

Je reprends la route demain en direction du Sud-Est et de la ville de Pamplona. Je repartirai seul mais accompagné de superbes souvenirs. Le Chemin de Saint-Jacques arrive à grands pas et je sais qu’une fois de plus, je pourrai vivre une expérience exceptionnelle en compagnie de pèlerins. Ce qui était un mirage et un songe à l’origine devient une destination au loin, inscrite sur des panneaux accompagnés de leur conques, qui prend pour moi une saveur particulière tant les kilomètres parcourus font l’effet en moi d’un cheminement perpétuel pour arriver finalement dans cette ville mythique.

Chemin de Compostelle :

Si je devais résumer ce périple sur le Camino de Santiago de Compostela, je le ferai en un mot : l’humilité.

Pour reprendre les mots d’un “citoyen du monde” croisé sur le chemin : “les vies de chaque personnes sont les plus belles histoires que vous pourrez lire durant votre vie”. Avec du recul, je viens d’ingurgiter une bibliothèque entière.

Être un pèlerin à vélo vous permet de rencontrer chaque soir des nouvelles personnes et de nouvelles histoires. Australiens, finlandais, anglais, espagnols, italiens et tant d’autres. Tous ces parcours de vie m’ont bouleversé. Au travers de ce que j’ai appris sur ces gens, j’en ai appris sur ce long périple qu’il me reste à accomplir et qui s’appelle la vie.

Même si le Chemin de Saint-Jacques est un pèlerinage, peu de gens sont croyants. On a davantage tendance à rencontrer des gens tournés vers la spiritualité et la quête de sens. Chaque personne transpire de bonheur et de joie en faisant ce Camino et c’est ainsi qu’en discutant les uns avec les autres, on voit l’apparition de valeurs communes.

J’ai par exemple rencontré une personne qui tout le long du chemin partageait sa joie et sa bonne humeur avec sa guitare. C’était probablement pour lui une façon de vivre en adéquation avec ses convictions profondes et ceux, malgré un diplôme universitaire. Ainsi, du plus simple apparat chacun tente de faire évoluer les autres, chaque rencontre vous façonne un peu plus et plus que jamais je suis sorti transformé mais surtout heureux de cette longue et superbe expérience.

Ultreïa ! (Toujours plus haut, toujours plus loin !)

Portugal :

Si la Slovénie nous avait séduit l’été dernier, je pense que le Portugal peut jouir du statut d’outsider.

Que dire ? Tant de choses me viennent à l’esprit.

Premièrement les Portugais. Quelle générosité, quelle authenticité ! Traversant leurs pays du Nord au Sud, j’ai pu faire la connaissance avec des populations très différentes. Citadines, rurales, chaque personne était d’une gentillesse insoupçonnée.

J’avais pour habitude dans ce pays qui est relativement peu cher de m’arrêter chaque matin pour un thé et chaque après-midi pour un soda. Comme en France, ces endroits sont un lieu principal de la vie sociale rurale et citadine. Ne pouvant pas réellement parler de la création d’une vie sociale, j’ai néanmoins fait la connaissance de personnes d’une authenticité et d’une générosité incroyable.

Chaque jour, c’était sans le savoir une nouvelle surprise qui m’attendait. Un déjeuner offert par une femme charmante en me voyant pédaler sous le lourd soleil, quelques euros offerts par un retraité pour “manger un bon repas ce soir”. De nombreuses boissons, des dizaines de bouteilles d’eau remplies de glaçons pour ne pas faillir sous les 40 degrés quotidiennement atteint. Et surtout, une nuit dans une caserne de pompier malgré la tension créée par les incendies.

Enfin, les infrastructures et le pays sont magnifiques. En toute honnêteté le voyageur à vélo redoute souvent les villes et préfère davantage les campagnes reculées à l’abri de la circulation. Pente douce qui serpente dans des collines sans circulation et avec un bitume impeccable. Fontaine à profusion pour se rafraîchir. Forêt d’eucalyptus d’une senteur et d’une fraîcheur incroyable. Tout sauf les incendies que j’aurai croisé de nombreuses fois et parfois à quelques mètres m’auront laissé bouche-bée et il faut le dire, amoureux en quelque sorte.

Lisboa :

Si “le chemin est la destination”, mon arrivée à Lisbonne marquait la fin d’une destination et d’un chemin invraisemblable tant celui-ci fut époustouflant ! Arrivée contrastée entre la déception de la fin d’une aventure et la joie des kilomètres parcourus. Un mois de selle m’avait laissé imaginer une entrée triomphale dans la ville depuis les hauteurs de Lisbonne. Hélas, je ne suis que le seul témoin de mon arrivée. Avec l’autoroute et le port industriel pour comité d’accueil. Heureusement Lisbonne sut se révéler pleine de charme par la suite.

C’est épuisé par quatorze jours de route sans pause que je suis arrivé, fatigue néanmoins fortement compensée par le bonheur des retrouvailles avec Ana, amie portugaise rencontrée à Paris pendant son Erasmus. Et quel accueil ce fut.

Souvent balayé par des vents frais, Lisbonne est une ville authentique et superbe. Élevée sur des collines. Ayant connu une histoire riche, le patrimoine culturel et historique y est singulier. J’y ai vu et effleuré les fameux Azulejos, contemplé le street art qui pulule magnifiquement, j’ai dîné dans un restaurant indien de la ville, vu la Tour de Belem et goûté les fameuses Pasteis Belem. Gustativement, historiquement, et par mes rencontres j’ai vu la surprenante mosaïque que cette ville sait proposer à toute personne qui aime s’y perdre.

En cette fin de voyage, mon quotidien était plus celui d’un touriste que d’un cyclotouriste. Cette condition est dû à l’accueil incroyable de mon hôte Ana que je tiens encore à remercier chaleureusement. Rencontrant son meilleur ami Nuno qui m’a également réservé un accueil chaleureux, nous avons visité Lisbonne sous toutes ses coutures et avons passés un week-end prolongé dans la ville balnéaire de Nazaré avant une escapade à Faro grâce à la générosité naturelle de Miguel.

J’ai donc pu profiter d’un savant mélange entre folklore côtier, véracité de la vie des lisboètes et culture historique et européenne que j’ai encore découvert avec allégresse.

Lisbonne n’est qu’une étape, je serai demain à Montpellier pour parcourir les routes de notre belle France avec mon acolyte César !

Le voyage, remède contre la routine :

Le souffle coupé, je suffoque, mon cœur bat la chamade et tape contre mes tempes, je sens le sable frais me coller à la peau. Quelques goutes de sueur perlent sur mon visage suite à cet effort imprévu. J’observe le ciel nocturne autant que celui-ci m’observe.

Je viens de courir sans raison. Je viens de parcourir 500m dans le sable sans raison. Je me suis écroulé sans raison. J’étouffe pour toutes ces raisons. Le moment que je vis est magique. Une chose est certaine, je n’ai jamais été aussi vivant.

Les secondes s’illuminent, le ciel paraît s’ouvrir à moi et chaque étoile semble me montrer son irréelle lumière aussi loin que celle-ci puisse être. Leur beauté me calme, mon souffle revient finalement à la normal. Jamais, je n’ai jamais été aussi vivant.

Le voyage assomme la routine. Désormais le quotidien ne me tue plus, le temps ne me glisse plus entre les mains comme le sable avec lequel je joue. Je sens chaque grain de sable et ce sablier que l’anesthésie de l’habitude fait oublier. Je vis, je le sens. Chaque seconde, chaque souffle, chaque vision, chaque battement de cœur, je ressens tout.

Comme une vision, je me rend compte qu’être n’est pas la solution. Être au travers des choses, se satisfaire de l’infini. Je me suis rendu compte à partir de ce moment qu’il fallait simplement ressentir, s’écouter et que plus que jamais le voyage s’offre à moi comme le meilleur remède contre la routine car, plus que jamais, celle-ci tue.

L’article :