Patagonie – Janv&Fev 2015

Teaser :

Itinéraire : 

[César] Jour 7 :

De l’enfer au paradis. Une semaine que nous sommes en route, une semaine déjà. Ces quelques jours furent intenses, mouvementés, durs, mais surtout remplis de joie. Il y a une excitation unique en ces premiers kilomètres, parsemés d’euphorie et de doutes. Ce projet que je prépare depuis si longtemps, je l’embrasse enfin ! Mais, déja, les choses se compliquent, nous pédalons en plein désert et ce trois jours durant. Des kilomètres et des kilomètres de néant, de routes trop droites et de vents trop puissants. Trois jours durant il faudra se battre physiquement, mais surtout mentalement. L’unique raison d’avancer est de sortir de cet endroit. Le vent finit par avoir raison de notre motivation, les jambes ne répondent plus et la tête est ailleurs. C’est alors qu’en ce 25 décembre, la magie de noël opère (à moins que ce ne soit les quelques pièces que nous avions laissées dans une petite stelle religieuse en ultime espoir), un pick-up s’arrête pour nous proposer son aide. Il va nous sortir de ce désert pour nous déposer au cœur de la Patagonie, celle de nos rêves et des cartes postales. Le changement est radical, les sourires gagnent nos visages. Tout n’est plus que forêts et montagnes, lacs et enchantement. Nous pédalons dans ce décor idyllique, allant de lacs en lacs, que dis-je, de merveille en merveille, de lagunes célestes cachées, en ténébreux lacs agités. Il n’y a pas ici d’endroit que le regard puisse caresser sans en être émerveillé ! Le soir venu, un calme souverain vient déposer sur ces lieux un charme supplémentaire. La route des sept lacs tient toutes ses promesses. Nous sommes à San Martin de los Andes avec déjà 23 sandwichs jambon fromage au compteur.
Les prochains jours s’annoncent aussi grandioses que les précédents, nous mettons cap sur San Carlos de Bariloche. L’aventure continue !

 

[Alex] Jour 7

What’s up, my name is Alex Ramos and I’m from San Jose, California. To all people reading and following our trip in Patagonia, I hope you had a great Christmas and that you have a Happy New Year. We’re in day 7 of our trip and we find ourselves in San Martin de los Andes, Neuquen. A week ago we were on a bus to Neuquen, Neuquen. from Buenos Aires and now after 23 ham and cheese sandwichs, 3 cans of paté and 2 cans of tuna, we’re out of that desert and in one of the most beautiful places I’ve ever seen. On our Christmas day we were gifter with a lift after riging against winds for three days in the endless desert. We were resting, hanging over our handlebars when a middle aged couple in a pick-up truck pulled over and offered us a ride. Before soon, we were out of the desert, passing through a new scenery of endless Pampa. We had previously paused to cool off in a canal in the desert and Cesar placed a few spare coins in a shrine of a gaucho Saint. He asked all Gods and Spirits for a change in the direction of the winds and we were blessed with 5 days of advancement on our journey, a tour of the national park and a ride to a camping spot in Villa Traful. We enjoyed it so much we stayed another day. This part of Patagonia has been worth every kilometer of pedaling.

 

[Alex] Jour 13

We’re about 2 weeks into the trip and we find ourselves in San Carlos de Bariloche. I find it crazy to consider that I’m traveling through the Andes mountain range. Our tour of La Ruta de los 7 Lagos has come to an end and my favorite spot is undecided between Villa Traful and Lago Espejo Chico. Leaving San Martin we pedalled through two days of rain, which I was foolishly unprepared for. It began to snow when we hit 30k south of Lago Falkner and after using all my socks as gloves and a following day of sun-drying our belongings, we’ve made it here. Its an odd feeling reaching a big city after 2 weeks of bathing in rivers and lakes, and racing to set-up camp before sunset. Our ham and cheese count is at 36 and our next big destination is Esquel. We are very greatful for all the help of the generous local people. Its almost impossible to camp in the bigger cities for free but in San Martin a man offered us a his yard next to his dog, Tarzan. New Years day I strangely found 3 bananas and 3 peaches in the center of the closed camping spot we managed to spend the night. I wish everyone the best this year of 2015 an hope you someday visit here as I hope to someday return. Peace.

 

[César] Jour 13

Nous quittons enfin San Martin de los Andes après quelques soucis mécaniques. Dès lors, nous n’avons plus qu’un seul cap : le Sud. Qu’une seule direction : Ushuaia. Qu’un seul itinéraire : la Route des Sept Lacs. Cette traversée de 200 kilomètres semble concentrer toute la beauté que la nature puisse offrir. De hauts conifères bordent la route tandis qu’au détour d’un virage, à la cime d’un col, un nouveau lac se laisse deviner. Inlassablement, nous partons à la conquête du suivant avec une curiosité renouvelée. Chaque soir, nous nous endormons bercés par les flots tranquilles de ces vastes étendues d’eau. Chaque matin, nous nous réveillons émerveillés par le charme de cette nature vierge et luxuriante, nous laissant porter par la langoureuse paresse des flots qui nous entourent alors que les reliefs environnants apaisent nos esprits et que le soleil réchauffe nos corps endormis. Mais la nature est indomptable, l’aventure est parfois difficile et cela vaudra à Alex la fierté de son nouveau record auto-proclamé : il est le premier Mexicain à pédaler sous la neige en Patagonie avec des chaussettes en guise de gants ! Malgré notre isolement, nous ne sommes pas en reste de célébrations pour le réveillon, de divines pâtes cuites au feu accompagnées d’une succulente sauce thon-mayonnaise viennent animer les festivités autour du lac Espejo Chico (petit miroir) ! Après plus de 500 kilomètres de route, nous retrouvons l’agitation et le brouhaha urbain à San Carlos de Bariloche, nous en profitons pour faire quelques lessives et le plein d’énergie dans de vrais lits !
Nous vous souhaitons à tous, une très joyeuse année 2015, pleine d’aventure et de bonheur.

 

[César] Jour 21

Hippies, bandits et britishs.
Trois semaines et 902 kilomètres que nous sommes sur la route. Depuis le départ, tout ce que nous voyons est magnifique, sublime, grandiose… Les superlatifs manquent pour décrire les paysages Patagons et nous pourrions écrire des pages et des pages sans parvenir à effleurer leur singularité. Mais que serait ce voyage s’il n’était qu’une quête de beauté ? Ce sont les rencontres qui font notre aventure, qui nous apprennent, nous font nous questionner et grandir. Nous avons rapidement fui le bruit de Bariloche. En route nous rencontrons Matteo, un cyclotouriste Italien qui nous initie à la “vélosophie”. Deux jours plus tard, nous arrivons à El Bolson, connue pour être la plus hippie des villes Argentines, et nous ne tardons pas à le vérifier. Alors que nous achetons des bracelets à un artisan local et que nous lui demandons d’où il vient, celui-ci nous répond avec simplicité “du monde” car “c’est l’argent qui crée les frontières et comme je n’ai pas d’argent, je n’ai d’autre patrie que la planète”. J’échange alors avec ce drôle de personnage, lui évoque la douce utopie du village monde que je cultive en moi et voici qu’un simple achat relève plutôt de la leçon philosophique. Puisque nous en avons l’opportunité, nous varions les plaisirs et partons pour deux jours de marche avant de reprendre la route vers le Parc National de Los Alerces où nous pédalons durant 100 kilomètres sur un terrible chemin de cailloux. Entre-temps, nous sommes entrés dans une partie bien moins visitée de la Patagonie, et paradoxalement nous la trouvons bien plus délicieuse. C’est la région des routes tranquilles, des sommets enneigés, des glaciers, des petites maisons perdues et des vallées verdoyantes. C’est la Patagonie de la rêverie, mais aussi celle des hors-la-loi, puisque nous visitons la cabane qui fut autrefois le refuge des célèbres Butch Cassidy et le Kid dont les habitants du coin aiment encore raconter les épopées. Nous sommes à présent à Trevelin, petite ville fondée au début du siècle par des colons Gallois et qui a gardé toute son âme British avec ses salons de thé, ses pubs et son climat pluvieux. D’ici quelques jours, nous passerons la frontière Chilienne. Nouveau pays pour de nouvelles aventures !

 

[César] Jour 33

Notre belle aventure se poursuit sur la Carretera Austral (route Australe). C’est l’unique route de la Patagonie Chilienne, sa construction fut ordonnée sous le régime de Pinochet afin de désenclaver les régions les plus reculées du pays. Plus de 20 ans de travaux ont été nécessaires pour l’achever et 10 000 soldats prirent part à l’œuvre. Franchir une frontière à vélo est toujours exaltant. On se sent pousser des ailes, on s’imagine traversant les nations et les continents à la force de ses jambes. Un tampon sur nos passeports et le sourire d’une douanière plus tard, nous voici dans un nouveau pays. Les mollets s’en aperçoivent en premier, puisque les rudes pistes de cailloux laissent place à de l’asphalte. Puis c’est l’oreille qui est perdue dans le fort accent Chilien. Enfin ce sont nos papilles qui voyagent en découvrant la gastronomie locale. Nous multiplions les rencontres. Il faut dire que la route Australe est un must pour les cyclotouristes. C’est ainsi que nous roulons quelques jours avec nos amis Fabien et Matteo puis en compagnie de nos “grands-parents de la route” Margie et Charlie, un couple de retraités américains qui roule sur des vélos truffés de technologie. Pas de tourisme de masse ici, seuls ceux qui sont autonomes s’aventurent dans le coin et nous apprenons à systématiquement avoir au minimum deux jours de nourriture dans nos sacoches. Les villages sont rares et souvent minuscules. Un coup de cœur ? Indéniablement, Puyuhuapi. Cette petite bourgade à l’ambiance de bout du monde, cachée sous sa brume matinale et son crachin quotidien est à elle seul un voyage dans l’espace et le temps. Les bâtiments sont faits de tuiles en bois, les maisons fatiguées. Les bateaux impriment le lent rythme des marées du Pacifique. Nous sommes à présent à Coyhaique, la seule ville à proprement dit de la Patagonie Chilienne. C’est le terminus surprise d’Alex. Il a décidé d’arrêter ici, estime avoir vu ce qu’il voulait et souhaite rentrer chez lui. Je tombe de haut et cette décision m’attriste profondément. C’est une nouvelle aventure qui démarre pour moi. Ce sera une étape solitaire, mais je la souhaite aussi riche et époustouflante que la première. J’espère avoir la force de porter ce projet seul, mais il y a une chose que je sais : je n’ai toujours eu qu’un seul objectif : Ushuaia !

 

[Alex] Jour 33

Cesar and I reached the final peak before the 10k downhill ride into Coyhaique early in the morning. Well it was at least the earliest we’d been awake before. It was a peaceful moment and impressive view as we gazed out toward the city. Every town we had previously reached in Chile seemed to have 100 or so inhabitants, this felt like we discovered a hidden city in the Andes. Getting there we crossed into Chile from Trevelin to Futaleufu and later hit route 7, la Carretera Austrel, at Villa Santa Lucia. We’ve been housed by strangers, slept under the shelter of a church, next to boats, in open fields and private property. One of my favourite experiences was reaching a farm to purchase vegetables and later be surprised with and offer to house us and the vegetables as gifts. Out here, I’ve felt like I’ve seen the stars for the first time in my life. In Puyuhuapi we celebrated the town’s 80 year aniversary with a fireworks show and had the opportunity to exchange literature we carried with what had been left at the tourist center. I’m grateful for all the help and support we’ve had through the people we’ve met, both locals and other bikers. It’s impossible to not find bikers from all over the world on route 7 and it’s a beautiful ride. It’s been an incredible adventure riding with Cesar and a humbling experience to discover Patagonia. Cesar continues riding toward Ushuaia but Coyhaique is my final destination. I wish Cesar the best of luck, Thanks to Martin for the page and good bye to all the readers. Peace

 

Jour 40 :

Nomade,
je suis un nomade des temps modernes. Chaque soir je monte ma tente. Chaque matin je la replie sans savoir où j’atterirai la nuit venue. Mon quotidien est incertain, il n’y a qu’une constance : la route. Le reste n’est qu’éphemère. Comme on dévore un livre pour en connaître le dénouement, je prends la route tous les jours pour découvrir ce qu’elle me réserve. Je roule lentement, avec toutes mes possessions dans mes sacoches. Je vis au jour le jour, enivré par les kilomètres, assoifé de paysages. Ma vie est simple : avancer, manger, m’emerveiller, dormir sont mes seules préoccupations. Je me plais dans cette existence archaïque et sans artifices. Depuis le triste départ d’Alex, j’ai conclu que la suite de cette aventure ne serait qu’une longue balade. Cette promenade, j’en serai le seul capitaine et je suis résolu à en faire un voyage grandiose. C’est pourquoi j’ai décidé de ralentir, de faire abstraction des kilomètres et de vivre cette expérience au maximum. Ceci m’a permis de lire, réflechir et écrire encore plus. J’ai eu l’occasion de me doucher sous une cascade, d’aller marcher dans la montagne, de naviguer et surtout de faire d’inoubliables rencontres. Voyager seul comporte aussi son lot d’avantages. Certaines rations sont doublées, le sentiment d’indépendance est décuplé, et puis les rencontres sont plus intimes, enrichissantes. Merci pour vos encouragements qui m’ont permis de rebondir, je me porte pour l’instant au mieux ! Je suis à Cochrane, il ne me reste plus que 250 kilomètres avant d’atteindre Villa O’Higgins, le bout de la route Australe, mais il paraît que c’est la portion la plus difficile.

 

Jour 50 :

C’est avec une once de fierté et un sacré mal aux fesses que je suis arrivé à Villa O’Higgins. Trois semaines durant, j’ai parcouru la route Australe ou plutôt j’ai vécu la route Australe. J’y ai pédalé quotidiennement, en ai bu son eau, y ai pris mes douches, planté ma tente et dormis, mangé ses poissons et surtout, j’y ai comblé mon incurable soif de paysages, de grands espaces et de paix. La Carretera Austral est un rêve éveillé, une succession de cascades, de lacs, de montagnes, de glaciers, de forêts, de marais, de rivières et de ruisseaux. La nature est si belle lorsqu’elle échappe à l’homme ! La Ruta 7 vous emmène à travers toutes les émotions, la solitude, le silence, la rage de ses pistes défoncées et de ses interminables cols, l’admiration, le rire et le désarrois. Mais la route Australe est le plus beau voyage qu’il m’ait était donné de faire, ses couleurs, ses lumières et ses émotions n’ont cessé de me fasciner. En la parcourant seul et en groupe, elle m’a permis de m’ouvrir aux autres et également à moi même. Toutes ces heures sont de formidables moments de réflexion, d’uniques opportunités d’introspection.
J’ai eu le bonheur de la partager avec Alex, puis en compagnie d’Alison, un petit bout de femme venue d’Arizona avec son petit vélo pliant rouge. Notre amitié est si improbable que cela la rend précieuse. 30, sûrement 40 années nous séparent et pourtant nous avons partagé de grand instants, des instants que l’on n’oublie pas et qui façonnent une personnalité de par leur richesse. Plus tard, j’ai retrouvé avec joie mes amis Matteo et Fabien avec qui je suis arrivé ici. Une infatigable légèreté nous habite entre cyclotouristes, fou-rires, cuisine de “haute gastronomie”, jeux et bien sûr nos débats politiques endiablés.
Mon voyage continue, mais arrivé au terme de la route Australe est une étape significative. Nous attendons à présent un bateau afin de traverser la frontière et de reprendre la route en Argentine.

 

Jour 75 :

Soixante cinq jours de voyage, 2868 kilomètres à vélo, 983 bornes de piste, 1875 de route. Deux pays traversés, la Cordillère des Andes, l’Océan Pacifique, l’Océan Atlantique. 93 sandwichs jambon-fromage, vingt sept boîtes de thon, quinze de pâté, des biscuits à foison. Quatre cartouches de gaz, une éponge, un torchon et une paire de lunettes égarée. Neuf livres dévorés. Des centaines de coup de klaxons et de pouce levés en encouragement, des milliers de sourires, des dizaines de rencontres, quelques vrais amis. Quatre caleçons, autant de paires de chaussettes, trois T-shirts. Trois crevaisons, un rayon cassé et un pneu entaillé. Cinquante trois nuits sous la tente, douze chez l’habitant, deux dans des tunnels et une dans un vrai lit. La Ruta 40, la Route des Sept Lacs, la Carretera Austral et la Ruta 3. Quatre passages de frontières, sept régions traversées, beaucoup de pampa, la Terre de feu. Quelques belles leçons de vie, un voyage de pur folie, un rêve réalisé, 100% de bonheur et soudain, comme l’écho qui résonne en moi depuis deux mois : Ushuaïa, Ushuaïa, Ushuaïa. Je suis bel et bien à Ushuaïa. Je ne peux réaliser, je ne peux croire que tout s’arrête ou plutôt, je ne veux le croire. J’ai entamé ce voyage avec toute la Patagonie devant moi et me voila au “bout du monde”. Face à moi, seul l’Antarctique se dresse tel une ultime muraille. Je saute dans un avion, serai dans quelques jours en France, sur le banc de l’Université. Retour à la réalité.

 FILM :